Cuervos - BD de Richard Marazano et Michel Durand

Medellin, jadis. Joan, un gamin des rues, violent et accro à la colle, est abordé par un caïd des cartels qui lui propose de faire partie de ses sicaires, ces enfants assassins.

Medellin, hier. Joan a grandi. Il est devenu le meilleur sicaire du parrain de la ville, qui s’est pris d’affection pour lui. Il s’affirme, se forge une personnalité avec qui il faut compter, il prend de l’ampleur.

Medellin, aujourd’hui. Joan est un jeune adulte, marié et père d’une petite fille. Il cherche sa voie, sa place dans le monde, encore et toujours. Devenu l’un des personnages les plus importants des cartels, il ne cesse d’accroître son pouvoir et son autorité, avec une faim insatiable. Son beau-père, politicien aguerri, le pousse à rentrer en politique pour incarner le changement.

Medellin, demain. Joan est âgé et vient de perdre son épouse, un traumatisme de plus pour un esprit qui a toujours été plus fragile qu’il ne semblait. Ministre du gouvernement et parrain des cartels, il est la personnalité la plus connue et la plus influente de Medellin, où il continue à vivre malgré ses responsabilités à Bogota. Pour la première fois de sa vie, Joan regarde en arrière.

Cuervos est un récit magnifique, rempli de violence et de désespoir, prenant de bout en bout. Joan, le protagoniste de l’histoire, n’est pas un héros, loin s’en faut. C’est un survivant qui fait ce qu’il faut pour assurer son avenir, un opportuniste vorace et impitoyable, capable de tuer sans remords ni hésitation ceux qui ont pu jadis lui offrir une chance. Et il le fera. Si Joan incarne, pour les enfants défavorisés des favelas (bidonvilles sud-américains), l’espoir d’une vie meilleure, il n’est pourtant pas à envier : toute sa vie n’a été qu’un vide immense tant il s’est coupé du monde et des sentiments afin d’être plus dangereux et de garantir sa survie.

Cuervos est un récit dur, sans concessions. Comme pour toute lecture nous éprouvons ici une certaine empathie pour Joan, mais à aucun moment on ne ressent cette forme d’affection qui fait que l’on tremble quand le héros est en danger ; avec lui, c’est plutôt le sentiment de pitié qui prévaut. On ne le déteste pas, car on comprend que dans une ville où des milices civiles poursuivent des gosses pour les abattre à la mitraillette, les battre à mort ou encore les brûler vifs dans des égouts, il est naturel de reproduire le schéma dans lequel on a baigné dès son plus jeune âge et de n’agir que pour sa survie, quel qu’en soit le prix.

En elle-même, l’histoire n’est pas d’une originalité folle, sans doute parce qu’elle est d’une grande cohérence et que, si on a compris comment fonctionne Joan, on peut anticiper ses réactions, mais elle est magnifiquement racontée, sans aucun temps mort. Ceux qui ont aimé Impitoyable de Clint Eastwood ne pourront que succomber à ce thriller noir dont la lecture rappelle que, pour certains, la survie prime sur tout le reste.