Laïka - BD de Nick Abadzis

Attention, récit à éviter à ceux qui ont le cœur trop sensible. Non pas qu’on y massacre à chaque page, mais il y a dans cette histoire une violence psychologique à faire passer Les Deux Orphelines, un classique du mélodrame américain, pour une comédie musicale.

Laïka, c’est la petite chienne russe qui fut le premier être vivant envoyé dans l’espace, en 1957, quatre ans avant Gagarine.

Dans cet ouvrage profondément émouvant, Nick Abadzis mélange la réalité historique à des éléments purement fictifs pour retracer les événements qui ont permis le lancement de Spoutnik II.

Nous découvrons ainsi le passé entaché de Korolev, l’ingénieur en chef, qu’il cherche constamment à effacer par ses succès, mais dont il demeure pourtant prisonnier. Nous découvrons aussi le lien qui unira Yelena, la technicienne de laboratoire chargée des soins et de la santé des animaux, trop sensible et attachée à ses protégés pour ne pas être finalement détruite par sa mission, malgré son patriotisme ; et bien sûr Laïka, dont Nick Abadzis imagine le passé traumatisant – absence d’affection, rejet, abandons, pertes furent son quotidien jusqu’au jour où, capturée par la fourrière, la petite chienne fut intégrée au programme de recherche spatiale.

Parmi les éléments fictifs, l’auteur a donc imaginé la vie de Laïka
– de son véritable nom Koudriavka, rebaptisée de manière plus accrocheuse Laïka par Korolev – avant sa capture par la fourrière et là, sortez les mouchoirs : toute l’horreur de l’âme humaine, toute la capacité à ignorer les souffrances d’autrui, les souffrances d’un petit être incapable de parler sont exposées.

Capturée par la fourrière après moult tentatives et livrée sans délai à l’équipe du programme spatial soviétique, Laïka va se révéler être le meilleur sujet d’expérimentation qui soit et subir sans sourciller tous les tests – toutes les tortures vous dirait Yelena – qu’on lui imposera. Jusqu’au jour où l’ingénieur en chef en personne la choisira pour ce « destin bien plus grand qu’elle ». La suite est connue, mais les dernières pages, celles qui décrivent l’agonie de la petite chienne, sont traitées dans une double dimension, réaliste et onirique, qui donne au récit une plus grande force dramatique encore. Laïka est un récit dont on ne sort pas indemne, à moins vraiment d’être complètement insensible.

Ceux qui connaissent des tendances dépressives ou qui ne jurent que par les fictions humoristiques peuvent passer leur chemin. Ceux qui n’ont peur ni de pleurer ni de regarder en face la noirceur de l’âme humaine peuvent se lancer : Laïka est un petit bijou d’humanité.